
De plus en plus de petits entrepreneurs distribuent leurs produits sur les sites de vente. Au point que certains préfèrent les boutiques virtuelles aux réelles.
CHIFFRES CLÉS
Un micro-ordinateur, une ligne téléphonique et quelques milliers d’euros de stock... c’est tout ce qu’il a fallu à Franck Gensbittel pour commercialiser des produits informatiques sur PriceMinister, un site de mise en relation entre vendeurs et acheteurs. Une vraie "success story" : un an après le lancement de son activité en juillet 2004, son chiffre d’affaires mensuel atteint les 90 000 euros ! Comme lui, ils sont plusieurs milliers d’entrepreneurs en France à avoir créé, relancé ou accéléré leur activité grâce aux sites de vente sur Internet : eBay, Aucland, 2xMoinsCher, etc. Ces "plates-formes" ont pour vocation de mettre en relation des vendeurs, particuliers ou entreprises, et une clientèle intéressée par des prix réputés plus bas que dans le commerce traditionnel sur des milliers d’articles. "On estime à 30 % le nombre de professionnels sur ces sites", indique Benoît Tabaka, juriste au Forum des droits de l’Internet. Un pourcentage qui ne cesse de croître aux dires de tous les responsables de site interrogés. "Les entrepreneurs qui marchent le mieux sont ceux qui ont su trouver la bonne source d’approvisionnement et répondre aux attentes de la clientèle, analyse François Petavy de eBay. La demande est particulièrement marquée sur les secteurs de la mode, du loisir, des technologies, des objets de collection et de l’auto-moto."
Ce mode de commercialisation cumule bien des avantages. La visibilité d’abord : "C’est incroyable, par ce biais, certaines pièces ont intéressé aussi bien des clients habitant à une vingtaine de kilomètres de mon magasin - et qui en ignoraient l’existence - que des personnes vivant à l’étranger", témoigne Vincent Lasserre, propriétaire d’un magasin de motos à Bayonne et qui revend des pièces détachées sur eBay jusqu’au... Japon ! Deuxième atout : l’accès à ces plates-formes se fait en toute simplicité et permet de faire l’économie d’un site web en propre. "Se lancer dans la création d’un site individuel, cela peut s’avérer trop compliqué quand on le fait soi-même, ou trop coûteux quand on le confie à quelqu’un", analyse Yannick Gouat, qui vend des CD, DVD et consoles de jeux sur eBay. Dernier point fort, des frais de structure très légers et donc une prise de risque minimale : "Je voulais tester mon activité de revente de petits composants électroniques sans avoir à acheter ou louer un vrai magasin", explique Franck Gensbittel, qui estime ses frais de gestion limités au dixième de ce qu’il lui en coûterait s’il avait pignon sur rue.
Alors, comment choisir son site de mise en relation ? La réponse dépend beaucoup du secteur d’activité dans lequel l’entrepreneur travaille. Ainsi, un site d’envergure internationale est important pour élargir la zone de chalandise lorsque l’on revend des pièces détachées, des produits de déstockage ou des matériels à forte plus-value... Pour d’autres, c’est le principe de gratuité qui prévaut, notamment lorsque l’activité ne permet pas de dégager de marges très fortes. "Dans le secteur de la carte postale ancienne, les prix démarrent à vingt centimes, notent Jenny et Marc, un couple implanté dans l’Oise. Nous avons choisi Delcampe car nous ne payons pas de frais si des produits restent invendus." Enfin, certains optent pour la sécurité des transactions financières. Ils favorisent les sites dotés d’outils de paiement électronique qui permettent d’être crédité de façon quasi instantanée ; ou ceux qui sont "tiers de confiance", ce qui signifie qu’ils sont habilités à recevoir le paiement de l’acquéreur (par chèque, carte bancaire ou autre) avant que le paquet ne soit expédié. Une fois le paiement reçu, le site donne le feu vert au vendeur pour l’envoi du colis. Lorsque celui-ci arrive à bon port, le vendeur perçoit le montant de sa vente.
Même sur Internet, on ne développe pas un chiffre d’affaires conséquent sans s’investir dans tous les aspects de la commercialisation, qu’il s’agisse de vente aux enchères ou à prix fixes. Règles et astuces sont communiquées sur certains sites. Il faut donc en faire le tour avant de se lancer. Michel Suret-Canale, ex-professeur aux Beaux-Arts, qui vend des peintures, dessins et sculptures sur eBay, conseille : "Prenez toujours le point de vue du client. Il n’est pas satisfait du tableau ? Le paquet s’est égaré ? Je le rembourse sans discuter." Résultat : une notation excellente qui incite d’autres acquéreurs à lui faire confiance. Car sur ces sites, les transactions font l’objet d’évaluations. Gare au faux pas ! Enfin, la logistique doit être irréprochable : les meilleurs vendeurs mettent un point d’honneur à répondre à tous les mails et à expédier les colis sans tarder. Une tâche ingrate : "Depuis que je travaille avec Internet, j’ai embauché deux personnes dont l’une consacre la moitié de son temps à la préparation des colis", précise Yannick Gouat, le vendeur de CD. La plupart des commerçants expédient leurs paquets par la poste mais certains préfèrent des transporteurs privés pour les envois à l’étranger. Toujours avec le souci d’une qualité de services au top !
Bénédicte ROGULSKI - Juillet/Août 2005
CYBERVENDEURS
Pensez à vos obligations !
Si la vente par Internet offre beaucoup de souplesse et de liberté, elle n’en est pas moins soumise à certaines obligations :
Indiquez le droit de rétractation de sept jours auquel tout client à droit à partir de la réception de son colis.
Identifiez-vous clairement sur le site de mise en relation. Attention : pour l’instant, cette obligation est souvent difficile à honorer au regard du principe d’anonymat qui prévaut sur les sites de vente. Des recommandations devraient être publiées prochainement sur ce thème.
Assumez l’entière responsabilité de la transaction : le marchand doit livrer un bien conforme à la description donnée dans l’annonce et s’assurer que celui-ci parvient à son destinataire. Si le bien n’est pas conforme, l’acquéreur a trente jours pour se retourner vers le vendeur (sauf arrangement contraire entre les deux parties).
Mentionnez les informations requises en cas de déstockage, telles que l’origine du produit, le motif du déstockage (fin de série, produit présentant des défauts, etc.).
Ne vendez pas à perte. En cas de vente aux enchères, assurez-vous que le prix de réserve soit supérieur au prix de déstockage.
Illustration : Getty Images / Chad Baker - Jason Reed - Ryan McVay
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