
Faire son vin en centre ville. « Chine, je quitte le bureau. Je pars faire mon vin et je te retrouve à la maison. » J’espère ne pas attendre trop longtemps avant de vivre ce rêve : faire mon vin à Paris !
L’originalité de ce concept est de permettre à des citadins de faire leur vin en ville et de participer à toutes les étapes de fabrication. Cela est possible grâce à l’expédition du raisin par les vignerons et à un équipement de fermentation dernier cri.
La coopérative vinicole en ville est aussi pratique d’accès qu’un club de gym ou un cours de dessin.
La première du genre a ouvert à San Francisco. Michael Brill, son fondateur, un Californien de 40 ans, commence par planter en amateur des pieds de pinot dans son jardin. Il achète en plus du raisin dans la Nappa Vallée et fabrique quelques bouteilles de vin. Mais Michael est directeur du développement dans une société technologique. Il n’en peut plus d’arriver chez ses clients les mains violettes après avoir pressé son jus.
Alors, en 2004, il démissionne et créé « Crushpad », la première coopérative en ville. Grâce à son expérience de la vente de nouveaux concepts, il trouve des financiers, achète du matériel. Le succès est immédiat. Soixante clients dès la première année. Trois fois plus en 2005, avec 70 % de fidélité. Et la croissance continue. En projet, la construction d’une nouvelle fabrique à Los Angeles.
Une implication à la carte. Le génie de Crushpad est de permettre à ses clients de choisir leur implication à la carte. Ils participent aux étapes de leur choix, ou délèguent toute la fabrication du vin. Tout commence par un questionnaire de trente questions pour définir le vin auquel ils souhaitent arriver. Type de raisin, terroir, date de la récolte, mode de pressage, qualité de fermentation, mode et durée de vieillissement. Sans oublier le dessin de l’étiquette.
Dans tous les cas, les clients s’appuient sur l’expérience d’un œnologue et d’un maître de chai professionnels. Michael a investi dans une logistique à la hauteur de ses ambitions. Fabriquer un produit aussi sensible que le vin, dans une vingtaine de variétés, pour des centaines de clients n’est pas un jeu d’enfant. Premier outil développé, un logiciel pour gérer dans le temps les programmes individuels. Les clients peuvent même suivre l’évolution de leur production à distance depuis le site Internet Mycrushpad.com. En effet, Crushpad compte des clients à travers tout le pays et même certains en dehors des Etats-Unis.
Ensuite, la cave et son équipement. Crushpad s’est installé au cœur de San Francisco, dans une ancienne usine de mayonnaise d’une surface de 1 100 m². On y trouve les entrepôts de pressage et de mise en bouteille, les cuves de fermentation qui gèrent jusqu’à cent cinquante opérations en même temps, les cuves de réfrigération d’une capacité de vingt tonnes et les chais de vieillissement en fûts de chêne.
Pour les particuliers et les entreprises. Michael vise des amateurs de vin qui rêvent de devenir vignerons sans en subir les avanies. La souplesse de Crushpad évite à ses clients achats ruineux de vignes et d’équipements ; durée d’apprentissage ; mauvaises récoltes ; enfer de la distribution ; maigres profits ou grosses pertes. Avec Crushpad, à partir de 3 000 euros, on fabrique trois cents bouteilles de bon vin. Un grand vin revient à 8 000 euros pour trois cents bouteilles. Grâce à cette quantité minimale, Crushpad peut être rentable.
Les premiers clients de Michael sont des amateurs qui se font plaisir. Joanne et Mark Verbeck sont retraités : « Nous visitons régulièrement les vignobles. Avec Crushpad, nous découvrons la joie de la fabrication. Nous préparons une cuvée de Zinfandel, du blanc moelleux. » Mais Crushpad vise également les professionnels : des restaurateurs et des cavistes qui proposeront leur propre marque comme « plus marketing ». David Martin tient une cave à Boston : « Nous prenons les décisions importantes. L’équipe de Crushpad les exécute. Notre vin personnalisé fidélise nos clients. Ils suivent la progression avec nous sur Internet. » Dernière cible, de nouveaux entrepreneurs qui se décident à créer une entreprise pour exploiter leur production annuelle.
En effet, Crushpad ne se contente pas de fabriquer du vin pour ses clients, elle les aide à le vendre ! L’offre Crushpad Commerce est une assistance pour toutes les étapes commerciales : dégustations, stockage, transaction, facturation, livraison, SAV, outils marketing (site Internet, relations avec la presse et inscription dans les guides de notation).
Enfin, Crushpad va jusqu’à vendre le vin des ses clients en négociant des accords de distribution et en développant son propre site de vente sur Internet. Dernière cible, les entreprises. Quel meilleur outil de fidélisation de clients qu’une invitation à faire son vin ? Chaque mois, l’entreprise retrouve ses clients privilégiés pour effectuer une étape importante de la vinification. Crushpad sert également à animer des équipes en interne.
Signer des accords avec les vignerons. En entrepreneur averti, Michael a mis des barrières à l’entrée de son concept. Point capital, pour faire du bon vin, il faut du bon raisin. L’avantage unique de Crushpad est d’avoir signé des accords avec une vingtaine de vignerons. Ils réservent une partie de leur récolte aux clients de Crushpad. Ce sont des producteurs de qualité. Ils fournissent des vins vendus dans le commerce entre 20 et 70 euros la bouteille !
Autre force de Michael, son équipe à la fois expérimentée et légère. L’œnologue, le maître de chai, leurs assistants, la directrice commerciale sont tous des professionnels. Michael a même réussi à résoudre l’épineuse question des droits et taxes. Un problème aussi complexe aux Etats-Unis qu’en France, en raison des différentes appellations.
Le concept de la coopérative vinicole en ville ne demande qu’à être lancé en France. Le public d’amateurs existe. On peut imaginer des « bons-cadeaux » donnant droit à une année de vinification. La matière première est là. Le raisin fraîchement cueilli se transporte sans difficulté de la vigne à la ville. On peut commencer par proposer à Crushpad d’acheter une licence de son logiciel !