
Comment profiter du statut d’étudiant dans son projet de création d’entreprise ?
Retrouvez le témoignage de quatre camarades de classe qui ont su pleinement tirer parti de leur statut d’étudiants.
ENTREPRISE TÉMOIN
Allo Délice Resto
Parcours
Les années fac ont du bon, même pour la création d’entreprise. Et ce n’est pas Ghislain Colinelli, Andy Gboka, Jonathan Ortega ou Julien Yzavard qui diront le contraire.
Quand certains consacrent leur temps à potasser leurs cours en vue des examens, ces quatre copains de l’IUT gestion des entreprises et des administrations (GEA) de Valence ont préféré les mettre en pratique : "En deuxième année, nous devions monter un projet encadré par un professeur, raconte Ghislain Colinelli. Nous avons été les seuls à nous lancer dans une création d’activité." Le jeune homme a en effet été séduit par un service de livraison de repas à domicile à Nantes. Il propose à ses amis de développer le concept, et les quatre élaborent Allo Délice Resto, une entreprise qui fait appel à un large réseau de restaurants partenaires, de la pizzeria à l’établissement haut de gamme.
Première consécration, à l’IUT : les garçons font valider leur schéma. Mais surtout, ils parviennent ensuite à faire réellement démarrer l’entreprise tout en poursuivant leurs études aux quatre coins de la France.
Aujourd’hui, Allo Délice Resto est passé de 6 à 9 restaurants partenaires et affiche un chiffre d’affaires prévisionnel de 60 000 euros pour l’année 2005. Pas mal pour un projet d’étude ! Ce résultat, les jeunes entrepreneurs l’ont obtenu en se servant de toutes les ressources de la fac.
Ghislain, Andy, Jonathan et Julien ont mobilisé les moyens de l’université à tous les niveaux. D’abord, le plus simplement du monde, en utilisant le matériel disponible, des locaux aux ordinateurs connectés à Internet. "À l’IUT, nous nous servions du logiciel Sphinx pour le traitement les données, précise Ghislain. Et actuellement, Andy est en train de se former à un logiciel de comptabilité à l’École supérieure de commerce de Bordeaux." Ensuite, les garçons mettent à profit la pédagogie reçue. Ils se plongent dans leurs manuels pour rédiger les quelques 500 questionnaires qui vont nourrir leur étude de marché, puis ils distribuent eux-mêmes ces questionnaires dans les rues de Valence et collectent patiemment les résultats.
Au moment d’aborder les questions juridiques, enfin, ils se procurent des modèles de statuts et ressortent leurs cours pour établir les contrats fournisseurs.
S’ils travaillent souvent ensemble, chacun sait aussi tirer le meilleur parti de sa spécialité universitaire. Andy a pris l’option "finances comptabilité" ? C’est lui qui gère la question des statuts et les aspects financiers. Julien, en "ressources humaines", prend en charge tout l’administratif - Urssaf, contrats des livreurs, questions de convention collective... "Nous sommes assez complémentaires", conclut Ghislain.
Dans la suite de leurs études, ils montrent le même pragmatisme à utiliser leur cursus scolaire. Ghislain, inscrit désormais à Lyon, a choisi de passer ses trois mois de stage au printemps dernier à Valence, "à démarcher de nouveaux restaurants". Et les quatre sont aujourd’hui en contact avec leur ancien IUT pour faire travailler des étudiants en stage... à leur profit ! "Nous voulons qu’ils nous fournissent une étude sur la possibilité de livrer des repas aux entreprises le midi."
Outre des moyens matériels et pédagogiques, la fac offre aussi à ses étudiants un encadrement de qualité, que les quatre entrepreneurs ont su exploiter à fond. Dans le cadre de leur cursus, les garçons étaient suivis par un professeur-tuteur. Entre octobre et mai, ils ont dû ainsi faire valider la viabilité du projet trois fois, et rencontrer deux fois dans l’année un comité de professionnels composé notamment d’un banquier et d’un expert-comptable. Mais les quatre étudiants ne se sont pas contentés de cet accompagnement scolaire : "Nous avons fait l’effort d’aller plus loin et de poser des questions à tout le monde", raconte Ghislain.
Du spécialiste de la création d’entreprise à celui du marketing, de nombreux enseignants ont mis la main à la pâte. Certains signalant parfois les erreurs : "Dans le contrat fournisseur, nous avions omis une clause importante, que la prof de droit nous a signalée : il fallait que le restaurateur nous laisse mentionner notre partenariat. S’il n’avait pas donné son accord, il aurait pu nous attaquer ensuite", sourit Ghislain. D’autres apportant de judicieuses idées : "Le prof de marketing nous a conseillé de classer les restaurants en toques d’or, toques d’argent ou de bronze."
Dans ce cadre, les quatre jeunes peuvent aussi exprimer leur créativité en toute sécurité, quitte à revenir ensuite sur certaines idées : "À un moment, nous avions pensé cuisiner nous-mêmes des pizzas dans notre local commercial, explique ainsi Ghislain. Et nous voulions même proposer un DVD jetable à 3 euros avec la pizza achetée. Mais les tuteurs nous ont expliqué que la livraison et la fabrication étaient deux métiers différents." En revanche, tous les avis ne sont pas bons à suivre, même les profs peuvent se tromper : "Ils nous ont dit de ne pas prendre de risques et de commencer sans louer de local car notre initiative était un peu novatrice. Mais nous ne les avons pas écoutés : un local nous permettait de crédibiliser notre image. Sinon, nous avions l’air d’une entreprise fantôme."
"Crédibilité", le mot est lancé. Ghislain et Andy ont 21 ans, Jonathan et Julien 20 ans. Être jeune et encore étudiant peut faire craindre un certain amateurisme dans la conduite des affaires. Un scepticisme que les garçons ont ressenti au moment où ils sont allés rencontrer les restaurateurs : quelques-uns ont préféré attendre de les voir faire leurs preuves avant de s’associer à eux.
D’où leur volonté d’afficher leur professionnalisme dès le lancement d’Allo Délice Resto, en s’organisant rigoureusement en interne. Les entrepreneurs en herbe créent leur boîte sous la forme d’une SARL, la structure la plus adaptée contre le risque, car ils ne répondront pas du résultat sur leurs propres ressources. Par ailleurs, ils ont apporté à quatre la totalité du capital de l’entreprise. "Nous avons respecté trois critères : selon l’implication dans le projet, les compétences de chacun et en veillant à ce que personne ne soit majoritaire", explique Ghislain. Sur les 15 000 euros de capital total, c’est lui qui a mis la plus forte somme, soit 6 500 euros.
À cette organisation interne carrée répond une gestion sans faille de la société vis-à-vis de l’extérieur. Puisque tous poursuivent leurs études en dehors de Valence, ils se débrouillent pour contrôler l’entreprise à distance. Malins, ils ont d’abord fait appel à des gérants étudiants restés à Valence, qui prennent les commandes en leur absence. Ils ont également créé une boîte mail commune pour se répartir les missions. Et, quand il le faut, les associés se retrouvent à Valence, comme à l’automne lorsqu’ils ont passé un week-end à distribuer des tracts publicitaires pour faire mieux connaître l’entreprise. Attentifs à leur clientèle enfin, ils ont affiché une charte des valeurs dans leur local à l’attention des livreurs, les invitant notamment à faire un "geste commercial" si un problème survenait dans la livraison du repas (emballage abîmé, retard...). Néanmoins, les quatre garçons le savent, ils ne pourront pas tenir indéfiniment de cette façon. À terme, ils devraient créer des succursales dans les villes où ils se trouvent et finaliser de belle manière leur aventure étudiante.
POUR EN SAVOIR PLUS
www.apce.fr
www.defijeunes.fr
www.petitpoucet.fr
Illustration : Getty Images / Ryan McVay
[L_VE], réseau d'experts lyonnais de l'entrepreneuriat, accompagne les entrepreneurs dans leurs démarches de création d'entreprise.