
"Je suis plus un chef de bande que président directeur- général. "
“Pour ce qui est de la création et du développement de l’entreprise dans une perspective patrimoniale, il est clair que les générations précédentes d’entrepreneurs formulaient le plus souvent l’espoir de pouvoir léguer la direction des choses aux enfants ou aux petits-enfants. Je n’ai pas fonctionné comme cela pour au moins deux raisons : aujourd’hui, pour croître rapidement et s’imposer sur le marché, il faut très vite renforcer le capital de départ, donc l’ouvrir à d’autres, notamment aux salariés, et accepter de devenir actionnaire minoritaire ; de plus, j’ai choisi un créneau où il ne serait pas raisonnable de se projeter au-delà de quelques années. Mes enfants ont chacun leur personnalité et il n’est pas obligatoire qu’ils soient motivés par les mêmes centres d’intérêt que moi. Je n’ai pas spécialement envie qu’ils travaillent dans une entité que j’ai crée, mais plutôt qu’ils réussissent par eux-mêmes.
Pour ce qui est de la relation à l’argent, je n’ai pas cette pudeur très française : l’argent que j’ai gagné, je crois l’avoir mérité. Il m’a permis d’acheter une maison à Neuilly et un fort à restaurer en Bretagne, mais cela s’arrête là. Cet argent ira, en partie à mes enfants, à une fondation, mais aussi dans d’autres projets en tant que business angel. Pour ce qui est des impôts, je ne fais pas partie des gens qui crient au scandale ; c’est normal qu’ils existent, du moment qu’ils ne sont pas confiscatoires. Bien sûr, je préférerais que l’Etat soit géré avec plus d’efficacité...J’ai créé 2 500 emplois en France et j’ai gagné beaucoup d’argent, et je crois que les deux sont liés.
Côté équilibre vie privée - vie professionnelle, disons que les 5 premières années ont été assez stressantes, mais j’ai la chance de pouvoir dormir la nuit normalement même en cas de coup de tabac. Je suis plutôt un optimiste de nature, je parle peu du travail le soir en rentrant à la maison et je préserve mes week-ends. Je trouve même le moyen de faire beaucoup de sport : course, tennis, boxe. Je prends le petit-déjeuner avec mes enfants, je les accompagne souvent à l’école...
Je travaille dans un style anglo-saxon : les rapports sont simples, directs, tournés vers l’action. On vous dira certainement que je suis un patron très exigeant, notamment en matière de prise de décisions et de prise de risques, allant de temps en temps jusqu’au coup de gueule. J’ai 14 000 personnes sous ma responsabilité, et parfois la machine est un peu lente à mon goût. En fait, j’aimerais bien avoir avec moi que des entrepreneurs, c’est à dire des preneurs de risque. J’ai un management de proximité, je vais assez souvent sur le terrain, dans les magasins je traque les dysfonctionnements jusqu’aux détails, mais je donne volontiers un coup de pouce à l’équipe du point de vente en cas de difficulté avec le siège. J’ai un a priori favorable pour les gens qui ont démarré jeunes, pas forcément diplômés... j’aime bien ce type de parcours ou c’est le caractère qui fait une carrière, c’est ma vision de l’égalité des chances... »
Propos recueillis dans le cadre de l’édition du supplément "Vies d’entrepreneurs" à l’occasion du Salon des Entrepreneurs 2006
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