
Reprendre vous tente ? Persévérance et organisation sont au programme. Suivez le guide !
Une promenade de santé, la reprise d’une entreprise ? À d’autres !
"Entre le moment où je me suis dit ’je vais racheter une boîte’, et celui où j’ai franchi le pas, il s’est bien écoulé deux ans", témoigne Thierry Vidal, qui a racheté Cefia Formation, une entreprise de reclassement professionnel. Pendant ces deux années, notre repreneur a cerné le profil de son entreprise idéale, épluché une masse de dossiers, évalué des sociétés, mené puis abandonné des négociations, et finalement conclu l’affaire parfaite... Qu’on se le dise : reprendre est une question de méthode !
Pourquoi reprendre ? La question peut bien sembler évidente, elle n’en reste pas moins indispensable. "On reçoit parfois des gens qui ne se la sont même pas posée", témoigne Jean-Jacques Brunet, responsable formation au CRA (Cédants et repreneurs d’affaires), une association qui épaule les candidats à la reprise. Or, reprendre une entreprise est un exercice bien particulier : il ne s’agit ni d’une création ex nihilo (où la créativité tient une place importante), ni de s’installer dans un fauteuil de manager salarié (il faut souvent tout reprendre de zéro). Mais un peu des deux, et encore d’autre chose : "Il faut savoir initier un projet tout en gérant des problématiques déjà en place", résume Thierry Vidal. Autant dire qu’une bonne dose d’introspection s’impose : ai-je les facultés pour diriger une équipe déjà constituée (près de la moitié des entreprises reprises comptent des salariés, - voir encadré ci-dessous) ? Suis-je capable de gérer des comptes au jour le jour ?... Il faut aussi s’assurer que l’on "reprend" pour de bonnes raisons. "S’orienter vers la reprise parce que l’on n’arrive pas à retrouver un emploi salarié est un mauvais début", pointe par exemple Jean-Jacques Brunet.
Ceci écrit, se pose encore la question de l’adhésion de votre entourage immédiat au projet. Le cercle familial est-il sensible à cette décision ? Prêt aux sacrifices de temps et parfois d’argent que l’aventure va exiger ? "Quand l’envie de reprendre une entreprise a commencé à me trotter dans la tête, mon premier réflexe a été de m’assurer du soutien de mon épouse avant même d’aller plus loin", explique Jean-Pierre Kreder, repreneur d’une entreprise de traitement de surfaces, il y a quatre ans. Quand on sait que 27 % des conjoints de repreneurs sont amenés à "participer" directement à la reprise de l’entreprise, mieux vaut s’assurer de leur soutien...
Une fois cette étape validée, reste à savoir quelle entreprise on souhaite reprendre. À ce moment, il faudra se poser la question de la taille de l’entreprise visée, de son emplacement géographique, de son chiffre d’affaires, de son secteur d’activité, et bien sûr du prix que l’on est prêt à mettre. En un mot, "définir la cible de l’entreprise", précise Nicole Levelu, responsable du service création et transmission d’entreprises à la chambre de commerce de Rennes.
Ici, plusieurs pratiques sont possibles. En général, il est plutôt conseillé de chercher une affaire dans un secteur, voire un métier, que l’on maîtrise déjà. Ce qui facilitera d’autant la phase d’étude de marché, d’audit du stock et des machines, mais aussi la conduite de l’entreprise. "J’ai cherché dans ma partie car je savais que je serais tout de suite opérationnel, et que je parlerais d’égal à égal avec mes collègues, fournisseurs et clients", témoigne Jean-Pierre Kreder. Cette connaissance du métier est d’autant plus indispensable que l’activité est technique. Dans le cas contraire, il est tout à fait possible de prendre les rênes d’une entreprise présente sur un secteur dont on n’est pas familier. Ainsi Thierry Vidal, malgré une carrière menée dans la distribution automobile, a racheté une entreprise de formation professionnelle : "Le savoir-faire exigé était plus managérial que technique", appuie le chef d’entreprise, qui s’est facilement coulé dans ses nouveaux habits. Définir la cible de l’entreprise idéale, c’est bien. S’assurer qu’on est capable de la racheter et d’en prendre les commandes, c’est mieux ! Il est donc essentiel de se "former" au "métier" de repreneur d’entreprise.
Pour ce faire, plusieurs solutions s’ouvrent au candidat. Soit il peut, moyennant un investissement souvent élevé (autour de 7 000 euros), suivre un réel enseignement, long et complet. Soit il peut se contenter de formations courtes ou de réunions d’information. Malgré les différences de cursus, on retrouve partout des fondamentaux, au premier rang desquels figurent les problématiques de gestion. Facile ? Oh que non ! Diriger une PME, ça s’apprend. "La plupart des repreneurs sont des cadres avec l’expérience des grands groupes. Il faut donc les préparer à conduire une toute petite entreprise", explique Jean-Jacques Brunet, du CRA. Au-delà des chiffres, c’est un monde à part qu’il faut savoir appréhender. "Suivre une formation, c’est l’occasion d’apprendre à parler un certain langage, très utile pour dialoguer avec les experts financiers", pointe Jean-Pierre Kreder, qui a cumulé stage à la chambre de commerce et réunions d’information au Clenam.
Stéphane REGY - Novembre 2005
POUR EN SAVOIR PLUS
Pour se faire aider :
CRA (Cédants et repreneurs d’affaires)
Animée par d’anciens chefs d’entreprise bénévoles, cette association met en relation repreneurs et cédants. Fort de 50 délégations régionales, le CRA est présent dans toute la France. Il propose des stages de formation (payants) de plusieurs semaines à destination des repreneurs, et a également mis sur pied des clubs de repreneurs, où plusieurs candidats à la reprise sont invités à échanger sur leurs expériences. Enfin, le site Internet du CRA propose aussi une bourse d’affaires en ligne.
www.cra.asso.fr
Tél. : 01 40 26 74 16
Chambres de commerce et chambres de métiers
Les CCI (chambres de commerce et d’industrie) et les chambres de métiers prodiguent informations, conseils et parfois intermédiation aux repreneurs comme aux cédants d’entreprise. Nombre d’entre elles publient des bulletins d’informations. Formations également dans les CCI, par le biais du programme "5 jours pour reprendre".
www.cci.fr
www.apcm.com
Écoles des managers
Ce dispositif de formation à la reprise d’entreprise, initié par les CCI, se déroule en 3 étapes et 60 jours pour un coût avoisinant les 8 000 euros. Il existe 19 écoles des managers en France. À noter : elles sont essentiellement tournées vers les reprises internes (par la famille ou les salariés).
www.reseau-edm.com
AFPA (Association nationale pour la formation professionnelle des adultes)
L’AFPA propose des formations à la reprise d’entreprise dans ses délégations régionales. Attention : le public concerné est essentiellement celui des cadres.
Tél. : 01 53 46 13 13
www.afpa.fr
Clenam (Club entreprise Arts et Métiers)
Créé par d’anciens élèves des Arts et Métiers, le Clenam propose annonces, mise en relation et sensibilisation aux candidats à la reprise d’entreprise.
Tél. : 01 40 69 27 36
Illustration : Getty Images / Keith Brofsky
[L_VE], réseau d'experts lyonnais de l'entrepreneuriat, accompagne les entrepreneurs dans leurs démarches de création d'entreprise.