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SOS Chauffeur

Une nouvelle activité émerge : chauffeur de secours, pour reconduire un client et sa voiture après une soirée bien arrosée.


MÉTIER A LA LOUPE

  • Revenus
    La course est facturée en fonction de la distance parcourue (entre 12 et 35 euros TTC), ou au forfait (environ 35 euros de l’heure) pour les soirées organisées (mariages, séminaires, etc.).

  • Statut
    Les chauffeurs de secours, n’ayant pas de véhicule, n’entrent pas dans la catégorie des chauffeurs de taxi. Aucune autorisation n’est donc nécessaire pour se lancer à son compte. Il restera à choisir entre le statut d’entreprise individuelle et celui de société. Le statut le plus simple est celui d’entreprise individuelle en nom propre avec une fiscalité de micro-entreprise (la comptabilité est simplifiée, et il n’est pas indispensable de faire appel à un comptable).

  • Horaires et lieu
    L’activité est dense en fin de semaine, à partir de 23 h et jusqu’à 9 h du matin certains jours (après la fermeture des discothèques, des bars à hôtesses ou à la fin des "afters", ces "fêtes après la fête"). La belle saison joue en faveur des sorties nocturnes et entraîne un surcroît d’activité. En fin d’année, les repas d’entreprise et les festivités apportent aussi un flot régulier de clientèle.

  • Coût d’installation
    Le temps de démarrage est assez long. Pour commencer, prévoir au moins trois scooters (1 890 euros pièce), des casques et uniformes. Compter au minimum 700 euros par mois pour le budget communication au début. Enfin, l’assurance représente près de 5 000 euros par an. Un minimum de 15 000 euros est donc souhaitable pour se lancer.

  • Formation
    Il n’existe pas de formation spécifique pour exercer cette activité. Toutefois, le Syndicat des entreprises de services à la personne propose des formations à la création d’une nouvelle activité de services à la personne. Pour connaître les modalités d’organisation, consulter le site www.sesp.asso.fr.

"Ni chauffeur de taxi ni chauffeur particulier, nous proposons une forme totalement innovante de service", explique Sébastien Poulain, 27 ans, cofondateur de Driver Solution, avec son associé Guillaume Degrez, un copain de fac. Ce service s’adresse aux personnes incapables de conduire, mais qui ne souhaitent pas laisser leur véhicule là où elles ont passé la soirée (par peur de dégradations ou afin de disposer de leur voiture le lendemain). Plutôt que de recourir aux services d’un taxi, ils font appel aux chauffeurs de secours.
Ceux-ci se déplacent sur des scooters pliants qui se glissent facilement dans le coffre d’une voiture. Ils peuvent ainsi raccompagner, en toute sécurité, la personne éméchée et sa voiture.

Confortés dans leur projet par le modèle anglo-saxon

"L’idée nous est venue sur le simple constat que, pendant nos soirées étudiantes, se posait toujours la même question, à savoir : qui conduit ce soir ?" Au début, les deux amis pensent utiliser des trottinettes électriques pour se rendre là où le client les attend. "Mais cela posait un problème d’autonomie, de confort, et de non-homologation sur les routes." C’est quand ils entendent parler de scooters pliants qu’ils ont le déclic : confortables, légers, d’une autonomie de 100 km et se glissant dans le coffre de n’importe quel véhicule. "Et, pour nous conforter dans ce projet, nous avons appris que ce système de reconduite existait déjà à Londres." _ Il n’en fallait pas plus aux jeunes amis pour chercher à se lancer.

Mais, devant un concept aussi nouveau, ils se trouvent confrontés à plusieurs obstacles. Celui du financement d’abord : les banques classiques, malgré un business plan et un prévisionnel viable établis par la boutique de gestion, refusent de leur apporter les fonds nécessaires à l’achat des scooters, des casques et des uniformes. "Pourtant, dans ce contexte de lutte contre l’alcoolémie au volant, nous étions persuadés de séduire même les plus réticents", se souvient amèrement Sébastien Poulain. Finalement, la Caisse sociale de développement local, une association qui finance les petits projets, leur accorde un prêt de 5 500 euros. Avec leur 9 000 euros d’apport personnel, ils ont suffisamment pour créer à Bordeaux, en mai 2004, une SARL au capital initial de 7 500 euros.

Mais un autre problème de taille les freine encore : aucune compagnie ne veut prendre le risque de les assurer. Ils finissent par en trouver une qui, faute de concurrent, n’hésite pas à leur faire payer le prix fort : 4 800 euros par an pour les deux chauffeurs. "Ces problèmes de financement et d’assurance sont malheureusement fréquents dans les activités innovantes de services à la personne, déplore Jean d’Alençon, président du Syndicat des entreprises de services à la personne (SESP). Isolés, les porteurs de projets nouveaux ont du mal à imposer leurs conditions. C’est là que réside tout l’intérêt de se fédérer : à plusieurs, ils doivent pouvoir négocier un contrat d’assurance de groupe et faire jouer la concurrence."

Ces désagréments financiers sont heureusement atténués par le fait que l’entreprise se situe en zone de redynamisation urbaine, ce qui permet de bénéficier d’exonérations diverses (taxe professionnelle, impôts sur les bénéfices, cotisations sociales patronales et personnelles). Mais, après un an d’exercice, les associés sont un peu déçus : "L’entreprise est rentable, mais nous pensions vraiment faire mieux. En fait, le temps de démarrage est long, et le bouche-à-oreille commence tout juste à porter ses fruits."

Quatre mariages et aucun enterrement

Sébastien Poulain s’étonne même de voir certains nouveaux clients brandir le tout premier prospectus en noir et blanc distribué sept mois plus tôt. "Récemment, une cliente m’a expliqué qu’elle voulait utiliser ce service depuis longtemps, mais, à chaque fois, elle se sentait apte à conduire ou n’en réalisait pas les conséquences. Jusqu’à ce qu’un collègue, commercial comme elle, perde son permis de conduire et, dans la foulée, son travail." De même, "certaines entreprises ont recours à nos services à l’issue de pots ou de repas de fin d’année pour éviter d’être jugées responsables en cas d’accident de la route causé par un salarié". Autre niche intéressante pour Driver Solution, les mariages, où, pour être sûrs que cette journée ne soit pas ternie par le décès d’un proche, les mariés font appel à l’entreprise pour raccompagner les invités en état d’ébriété. "Mais, dans certaines villes, regrette Sébastien Poulain, des entreprises comme la nôtre se sont mis les chauffeurs de taxi à dos. Ici, à Bordeaux, ils ont bien compris que ce service est complémentaire et non pas concurrent. Un dialogue doit absolument s’instaurer en amont pour éviter tout malentendu."

Florence JARRY - Octobre 2005

POUR EN SAVOIR PLUS


Contacts utiles

-  www.apce.com, pour être guidé lors des différentes étapes de la création d’entreprise.

Bibliographie

-  Fiche APCE "Services de proximité aux particuliers", mai 2005. Prix : 8 euros. La commande se fait par Minitel (3616 APCE), par Internet (www.apce.com) ou par courrier : Librairie APCE, 14, rue Delambre, 75014 Paris.
-  Créer votre entreprise en prestataire de services, de Maryse Migliore, éditions du Puits Fleuri, collection "Conseiller juridique pour tous", numéro 103, 256 pages. Prix : 22 euros.

Illustration : GettyImages / Ryan McVay