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Oui, tous les entrepreneurs partagent la première marche du podium. Nonobstant les critères économiques et financiers, matraqués par moult médias,instiguant que la performance se mesure presque exclusivement aux ratios de rentabilité, au cours de bourse, ou au train de vie de leurs auteurs, l’acte d’entreprendre a d’incomparable qu’il place au même rang dans un même aréopage le sémillant et médiatique Geoffroy Roux de Bézieux(p. 38), et la menue et discrète Carmen Soubran (p. 20).
Rien, dans leur origine sociale, leurs ressorts, la matérialisation de leur réussite, ne permet d’établir une quelconque confusion des trajectoires du fondateur de Phone House et de celle qui, mère de quatre enfants, chassée de son domicile, erra sans métier ni ressources avant de créer ACP Nettoyage (430000 euros de CA, trente salariés). Ils ne se connaissent pas. Pourtant, nul doute qu’un simple croisement d’yeux suffirait pour que chacun porte sur l’autre une admiration équivalente, et qu’ensemble, malgré l’extraordinaire hétérogénéité de leurs parcours, ils se sentent appartenir à une même famille.
Cette famille, c’est celle des entrepreneurs. Point d’angélisme ni d’inepte déification en faveur d’une caste qui serait supérieure aux autres et exempte des maux comportementaux, moraux, managériaux qui affectent les « autres » travailleurs. Simplement, tous agissent. Et, parmi eux, d’aucuns pour naître ou ressusciter, pour rayonner ou se soigner, pour (se) bâtir et partager, pour semer et témoigner. Pour exister, former un levier de construction individuelle et de mobilisation collective, un creuset de sens et d’accomplissement, pour euxmêmes et pour les autres. Cette double « utilité » personnelle et altruiste, cette masse de particularismes « humains » qui débarrassent la caractérisation du succès des critères quantitatifs et comptables omnipotents, constituent le fil conducteur des thèmes traités, des confessions et analyses exposées ci-après. D’Edmund Phelps à Boris Cyrulnik, d’Alain Etchegoyen aux « seniors », des artisans aux intrapreneurs, des entrepreneurs-résilients aux déçus de la « grande entreprise » et aux partenaires des jeunes pousses, ils démontrent qu’à l’instar d’une communauté religieuse, maçonnique, associative, ou politique, les mains de la plupart des entrepreneurs sont liées de manière indicible dans une communion d’intérêts, de raisonnements, de vocations. Jusqu’à rendre inapproprié - et d’ailleurs inusité - tout épithète visant à hiérarchiser les « grands » et les « petits » entrepreneurs. Fait désormais d’une grande rareté dans une société gangrenée par la dictature des classements et de la traçabilité.
« Vital »
C’est cette même dimension munificente et féconde, responsable et citoyenne, qu’Acteurs de l’économie a souhaité reconnaître, en créant le Prix éponyme de « l’esprit d’entreprendre ». Remis le 12 juin, veille de l’ouverture du Salon des Entrepreneurs de Lyon, ses lauréats ont en commun de contribuer bien plus qu’à la seule économie. Ce qu’ils érigent n’est pas une fin, mais un moyen : celui d’inscrire l’acte entrepreneurial dans l’intérêt de leur époque et de la société. Ils ont été l’initiateur d’un projet destiné à servir l’enjeu social, sociétal du territoire ; ils ont tiré profit d’un échec et font la preuve qu’entreprendre pave une voie cathartique de reconstruction, voire de rédemption ; ils ont repris une entreprise et l’ont sauvée, régénérée, redéployée ; ils ont développé une action intrapreneuriale inédite, ou enraciné leur propre entreprise dans un esprit d’entreprendre qui irradie le management autant que la nature même de l’activité... Tous corroborent la caractéristique « vitale » de l’acte d’entreprendre décortiquée par Boris Cyrulnik. Tous ont valeur d’exemple et donnent envie d’entreprendre. Tous vainqueurs.
Denis LAFAY Editorial
© N. MARQUES/KR IMAGES PRESSE Tous égaux
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