
Les entrepreneurs sociaux partagent une même ambition, bâtir un projet entrepreneurial et économique au service de l’Homme et de son territoire : lutter contre l’exclusion, créer ou maintenir des emplois durables, garantir un juste revenu aux producteurs, aider les personnes âgées à mieux vivre, protéger notre environnement, innover en répondant à de nouveaux besoins sociaux...
Co-organisé par le Salon des Entrepreneurs et la Caisse des Dépôts, ce dispositif éditorial, vidéo et interactif vous permet de retrouver l’ensemble des thématiques liées à l’entrepreneuriat social,traitées par les meilleurs experts...
Découvrez le compte-rendu complet du chat du 15 mars 2007 avec Christian VALADOU, Directeur opérationnel de l’AVISE.
Bonjour à toutes et à tous, nous sommes très heureux de recevoir Christian Valadou, directeur opérationnel de l’AVISE. Bonjour !
Clarice : Quel est le rôle de l’AVISE et quelles sont vos actions au quotidien pour favoriser l’entrepreneuriat social ? Merci Agence de Valorisation des Initiatives Sociaux Economiques. Elle s’adresse à ceux qui veulent entreprendre autrement. Elle propose des dispositifs d’appui et elle vise à faire émerger de nouveaux entrepreneurs sociaux. Il s’agit d’une association indépendante créée il y a 5 ans, avec notamment le soutien de la Caisse des Dépôts.
loupion : Dans quel secteur d’activité l’entrepreneuriat social est-il le plus présent ? Quels sont les secteurs où il est absent et pourquoi ? Question difficile. Il est présent dans tous les secteurs d’activité. On peut entreprendre autrement partout, dans les petites comme dans les grandes entreprises. Dans tous les secteurs. Certains secteurs, parce qu’ils ont un besoin fort de main d’oeuvre, ont développé en premier l’entrepreneuriat social. Le monde coopératif aussi, notamment dans les services.
Franck : Pouvez vous, a posteriori, requalifier une "entreprise normale", en entreprise sociale, et lui faire bénéficier des avantages inhérents à ce statut ? En ce qui me concerne, je possède une entreprise depuis une dizaine d’années et j’ai toujours privilégié la réinsertion par le travail de personnes en difficultés, sans jamais faire appel à aucune aide existante.. N’est-il pas trop tard et comment faire valoir "mes droits" ? Question très intéressante. Il n’y a pas un statut de l’entreprise sociale. C’est simplement une façon de désigner une entreprise qui met du sens dans sa politique de développement. Franck fait sans doute allusion à une des composantes de l’entreprise sociale, c’est à dire la réinsertion par le travail. Il le fait sans statut particulier. Pourrait-il obtenir un statut particulier d’entreprise de réinsertion ? Il faut alors que son objet social, dans ses statuts, soit la réinsertion des personnes en difficulté. Il devra être conventionné et démontrer les efforts qu’il fait en ce sens et donc respecter un cahier des charges.
Karim : Issu d’un quartier difficile je souhaite créer mon entreprise de services à la personne, vers qui dois-je me tourner pour m’aider à monter mon dossier de création d’entreprise ? Est-ce que j’ai droit à un accompagnement spécifique ? Vous aurez peut-être accès à des dispositifs particuliers. Mais surtout, vous pouvez, grâce à votre projet, contacter des organismes pour vous aider. Boutique de gestion, chambre consulaire, comme tout entrepreneur en devenir, vous pouvez contacter ces organismes. Ensuite, il y a des dispositifs particuliers pour les gens issus de quartiers difficiles. Il faut vous renseigner, selon votre quartier. Un exemple de ces initiatives, les régies de quartier dont le métier est d’essayer de repérer des opportunités économiques qui sont ensuite proposées, pour être développées, à des jeunes du quartier.
manu : Quels avantages fiscaux a t’on de créer une société d’entrepreneuriat social ? Encore une fois, c’est difficile de répondre à cette question. Elle qualifie l’entrepreneuriat social de manière trop générale. L’appellation "sociale" peut avoir de multiples raisons. Tout dépend donc de la nature de l’activité de votre entreprise. Exemple : les entreprises d’insertion ne bénéficient d’aucune aide fiscale. Mais elle bénéficie pour ce travail d’accompagnement d’une aide financière.
Denis Sabardine : Pourriez-vous lister les différents réseaux d’accompagnement existants propres à l’entrepreunariat social (de l’idée au démarrage de la structure) ? Comment rencontrer des porteurs de projets souhaitant oeuvrer dans le même domaine que le mien (la restauration) ? Lister, c’est long ! Je vais en citer quelques-uns. Un premier interlocuteur, ce sont les guichets d’accueil des entrepreneurs : chambre de commerce et de l’industrie par exemple. Mieux vaut vous déplacer, car il y a souvent peu d’infos sur les sites internet. Les réseaux plus spécialisés dépendent des activités. Dans le secteur de l’insertion, il y a par exemple le Coras. Sur le site de l’Avise, vous trouverez ces réseaux, c’est une porte d’entrée. www.avise.org . Il existe également un guide que nous avons produit et qui s’intitule le guide l’entrepreunariat. Il est consultable en ligne sur notre site.
martial : Une association classique telle que la mienne (aide à la réinsertion) peut-elle devenir une société d’entrepreneuriat social et bénéficier d’aides plus conséquentes ? Oui, c’est possible, d’autant plus si vous vous spécialisez sur l’entreprise de réinsertion de personnes. Il faut faire un projet d’entreprise sociale en démontrant que ce projet est viable. Le projet doit être viable comme toute entreprise économique. Il faut aussi prouver qu’il va mettre en place un dispositif d’accompagnement et d’accueil très professionnel.
rouga : J’ai un projet de créer une scic pour promouvoir les énergies renouvelables et créer des emplois pour des personnes en difficultés, avec l’aide des maires, conseils régionaux, conseils généraux, et à ce jour je voudrais être accompagné pour mener mon projet à bien, à qui m adresser ? Mon initiative se reconnaît dans cette double notion d’entreprise et d’intérêt collectif. Voilà une idée précise de projet et notamment du statut, Société Collective d’Intérêt Coopératif, SCIC. C’est un statut de société commerciale. Il y a plusieurs catégories de sociétaires, c’est une vraie spécificité. Les salariés sont sociétaires, mais aussi les usagers, les clients et d’autres personnes. Autre spécificité, elle doit être reconnue d’utilité collective. C’est le préfet qui lui reconnaît cette caractéristique. Vous avez une idée précise, maintenant, à qui vous adresser ? Le mouvement coopératif est présent partout, vous trouvez des adresses sur www.avise.org .
manu : L’entrepreunariat social est-il beaucoup plus développé dans les pays anglo-saxons ? Si oui pour quelles raisons ? Pensez-vous que l’entrepreunariat en France a de beaux jours devant lui ? Merci Je ne vais pas prétendre être un expert de ce sujet dans les pays anglo-saxons. Mais j’ai vécu 5 ans au Québec. Une chose est sûre, ce n’est pas une réalité franco-française. Nous avons des tas d’exemples, en Amérique du Nord comme en Amérique du Sud. Dans les pays anglo-saxons, oui, il y a une vraie approche de l’entrepreneuriat social. Un ministère au Royaume-Uni est chargé de traiter ces projets.
Patrick : Existe t’il des organismes bancaires plus sensibles que d’autres à la délivrance de prêts bancaires pour les entreprises sociales ? Il faut dire que certains organismes bancaires connus sont dans le champ de l’entrepreunariat social. Ensuite, il y a des banques plus traditionnelles que les banques familiales que je viens de citer. Enfin, il existe maintenant dans l’entrepreunariat social des organismes qui se spécialisent dans ce domaine comme France Active par exemple. Voilà un relais financier extrêmement important. Un autre organisme que je tiens à citer : l’IDES.
lesfourmis : Bonjour, existe t’il à la Caisse des Dépôts un point de contact (service ou personne) pour savoir si un projet de structure à finalité de service d intérêt général pourrait recevoir son soutien, pas forcément financier, mais au moins avoir un appui en terme de communication ? Merci Je ne peux répondre à la place de la Caisse des Dépôts. Lorsque l’on est entrepreneur, l’interlocuteur ce n’est pas tout de suite la Caisse des Dépôts. Vous devez d’abord construire votre projet, notamment avec le réseau Entreprendre par exemple, avec les boutiques de gestion. Il faut respecter les interlocuteurs naturels d’un créateur d’entreprise.
manu : Pouvez-vous nous citer des entreprises sociales ? Combien ? ;-) Entreprise d’insertion par exemple : Envie, un réseau qui existe sur tout le territoire nationale. Il récupère des équipements ménagers pour les réparer et les revendre à des gens qui n’ont pas les moyens d’en acheter. La deuxième activité consiste à éliminer les déchets électriques et électroniques, selon la nouvelle directive européenne. Je vais aussi citer une SCIC, OKHRA, située dans le sud. Elle propose un conservatoire des ocres, une entreprise remarquable. Une Scop bien connue : chèque déjeuner !
jeanboin : Le plus dur dans l’entrepreneuriat social c’est le mot entrepreunariat.. Peut-on allier profit et social ? De par votre expérience, est-ce que certains patrons n’abusent pas du caractère social de leur entreprise pour augmenter leur rentabilité ? Peut-on concilier entrepreneuriat social et profitabilité ? Voilà une question très intéressante. Un entrepreneur social, c’est quelqu’un qui a décidé de jouer sur ces deux tableaux à la fois. C’est un entrepreneur, avec le goût du risque, le dynamisme, etc. Il ajoute un sens à cette dynamique, il a besoin de l’inscrire dans une logique de sens. Et ces deux pôles sont perpétuellement en tension. Le réglage est perpétuel entre l’économie et le social et les choix qui en découlent. C’est une problématique passionnante. On ne parle pas de profit, mais viabilité économique, voire d’excédent à réinvestir. On ne vient pas dans ce secteur avec une ambition financière ou la volonté de s’enrichir significative. Ce n’est pas l’optique de l’entrepreunariat. Pas de profit personnel.
Vincent : Existe t il un label "entrepreneuriat social" ? Pas encore. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Cela n’est pas inimaginable. Cela n’existe pas non plus à l’étranger. Comme je l’ai dit, il y a plusieurs composantes et dans ces composantes, il y a des labels. Régie de quartier, c’est un label par exemple. Ni statut unique, ni label unique dans l’entrepreunariat social.
Universitaire : Pensez-vous qu’un docteur en Sciences humaines ferait un bon entrepreneur social et si oui pouvez-vous lui donner vos arguments ? Je sèche un peu là ;-) Cela ne me paraît pas être une condition suffisante, même si c’est un bon point de départ puisqu’il s’intéresse à l’humain. Il faut s’imaginer en train de gérer tard le soir des problèmes de trésorerie par exemple. Nous sommes assez loin d’un travail de chercheur. Il n’y a pas de profil type dans l’entrepreunariat social. Dans les entreprises d’insertion, tous les entrepreneurs venaient du social et ils se sont frottés à la gestion du social. Aujourd’hui, nous sommes dans la proportion inverse. Les chefs d’entreprise viennent désormais d’entreprises après un parcours classique. Ils se professionnalisent sur le point social.
seb : Bonjour, les entreprises employant des seniors en reconversion, peut-on appeler ça de l’entrepreneuriat social ? Je ne connais pas d’entreprise qui emploie de manière spécifique des seniors. Mais oui ! On pourrait tout à fait imaginer que cela soit possible et que cela soit reconnu comme une forme d’entrepreunariat social.
vm : Comment entretenir une bonne complémentarité entre l’aide à domicile associative à dominante sociale et le secteur lucratif qui se met en place avec le plan Borloo ? Question difficile. Il faut dire que les services à domicile gérés par le secteur associatif ont pour eux l’ancienneté, l’histoire. Ils ont défriché ce secteur-là. Il s’ouvre que depuis très récemment à la logique de marché. L’entreprise sociale a d’ailleurs souvent un rôle de pionnier, au moment l’activité n’est pas encore très lucrative. J’ai cité Envie tout à l’heure, il se passe la même chose dans le secteur des déchets. Aujourd’hui, on voit les entreprises classiques venir. Voilà un défi à relever pour les entrepreneurs sociaux. Comment affronter cette logique de concurrence ? Rechercher des complémentarités, se professionnaliser, adapter le modèle économique tout en gardant le contrôle du social, etc. Pour les services aux personnes, il restera les interventions auprès des personnes au pouvoir d’achat faible. Les entreprises privées ne se précipiteront pas. C’est un exemple de complémentarité.
Denis Sabardine : Existe t-il un lieu où rencontrer des porteurs de projets qui pourraient être intéressés par mon projet (dans la restauration) et avec qui je pourrais "faire équipe" ? Sur les élections, je fais une parenthèse, je dirais que les candidats ne parlent que beaucoup trop peu de l’entrepreunariat social. Même s’il y a des interpellations. Aujourd’hui, sur ces thèmes, aucun des candidats ne propose des choses. Denis, vous avez un projet, vous voulez échanger, il y a une structure intéressante et novatrice, c’est la coopérative d’activité et d’emploi. Elle propose aux porteurs de projet un espace collectif pour des entrepreneurs individuels. Il s’agit de mutualiser leurs besoins. Aujourd’hui, il n’y a pas de clubs d’entrepreneurs sociaux. Les CRES sont aussi des interlocuteurs intéressants. Voilà un espace d’échange avec d’autres porteurs de projets.
Titof : L’entrepreneuriat social se distingue t-il plus par son objectif économique "solidaire" ou sa méthode de management "social" ? Il y a 3 piliers :
Un projet économique, Ensuite deux pôles variables :
La finalité solidaire,
La gouvernance participative. Ces deux dernières caractéristiques sont variables, chacun choisit d’axer dans un sens ou dans l’autre.
Merci beaucoup, le mot de la fin ? Je suis content de la nature des questions et de voir que ce sujet suscite de plus en plus d’intérêt. On le mesure régulièrement, notamment 600 personnes pour assister à une conférence sur l’entrepreunariat social. Sur le Salon des Entrepreneurs, nous avons installé un véritable espace Entrepreunariat social. Un succès au-delà de nos espérances, notamment sur nos ateliers thématiques qui ont fait salle comble. Voilà des signes fantastiques d’une vraie préoccupation de sens qui traverse le monde de la consommation et des entrepreneurs. J’ai envie de vous dire : "Allez-y, foncez !". C’est un monde passionnant, avec une réflexion sur comment faire pour que le monde aille mieux.